De quoi attirer plus que les simples amateurs de Bretzels…
De quoi attirer plus que les simples amateurs de Bretzels…

La franchise comme ADN urbain

Fidèle à sa réputation de ville dynamique, la capitale alsacienne ne manque pas de projets.

Si son centre semble arriver à saturation, franchisés et franchiseurs peuvent sans hésiter se tourner vers les zones périphériques où beaucoup de concepts trouveront leur place.

Un fast-food mexicain au milieu des bretzels, choucroutes et autres spécialités alsaciennes. Si le mélange des genres peut prêter à sourire, il est surtout le symbole d’une culture du commerce audacieuse dans laquelle les franchises innovantes trouvent pleinement leur place. La marque Fresh Burritos est depuis quelques mois implantée à Strasbourg, après avoir ouvert plusieurs boutiques depuis 2010 dans d’autres grandes villes françaises. Un pari relevé par Martin Greder qui a accompagné pendant plusieurs années des porteurs de projets à la CCI de Strasbourg avant de se lancer lui-même dans l’aventure entrepreneuriale. « La restauration mexicaine était un créneau inoccupé dans le Grand Est et le concept m’a plu », indique le gérant. S’implanter à Strasbourg, c’est opter pour un territoire où le commerce en réseau profite d’un ancrage historique fort. Décrite comme une ville de franchise, la capitale alsacienne rassure bon nombre de candidats. Elle a donné naissance à quelques réseaux importants comme le groupe Flam’s, a également vu apparaître les premières formations dans le domaine de la franchise, avec l’appui de la Chambre de commerce et de la Faculté de droit, et brille aujourd’hui par son ouverture sur l’Europe et ses multiples influences.

Si le centre de la ville regroupe des implantations solides, souvent présentes de longue date et laissant peu de place à de nouvelles opportunités, d’autres quartiers sont en devenir et peuvent compter sur les grandes ambitions de la Communauté Urbaine de Strasbourg pour pérenniser leur dynamisme. « C’est une ville en mouvement qui a bien compris que ses nombreux échanges avec les autres régions et pays voisins permettent des offres renouvelées, des projets répondant à une demande variée. La dynamique locale transforme souvent ces paris en succès », confie Catherine Trautmann, vice-présidente en charge du développement économique au sein de l’Eurométropole de Strasbourg.

Des places chères

Le cœur de Strasbourg est entouré d’eau. Un dédale de rues et ruelles très anciennes, classées au patrimoine mondial de l’Unesco, qui attire d’innombrables touristes chaque année. Autant dire que le mètre carré d’espace commercial y vaut de l’or. Celui-ci est d’ailleurs peu disponible. « On y trouve un petit microcosme de commerçants qui s’adressent à une clientèle dont le pouvoir d’achat est élevé. Le taux de vacance des locaux est inférieur à la moyenne », observe Valérie Guillevic, présidente du cabinet de conseil spécialiste des réseaux de franchise Amplitude Réso. Et si d’aventure un emplacement se libère, celui-ci est repris en un temps record par une grande enseigne. Globalement, l’offre commerciale en centre-ville est portée par le domaine des équipements à la personne, les franchises nationales étant omniprésentes.

Valérie Guillevic constate par ailleurs que le commerce de proximité dans ce cœur historique est toujours très actif, à l’inverse de beaucoup de villes françaises, en particulier pour ce qui est de la restauration, des bars, et du commerce de bouche. L’artisanat local figure également parmi les boutiques les plus représentées. En conséquence, les porteurs de projets se tournent vers les autres possibilités locales. Compte tenu du nombre important de candidats, les rues de la ville continueront encore de changer de visage. « Strasbourg occupe systématiquement les premières places au classement des villes françaises les plus entreprenantes », rappelle Jean-Luc Heimburger, président de la CCI de Strasbourg et du Bas-Rhin.

Des enjeux politiques aux opportunités d’affaires

Strasbourg est aussi une ville qui vit au rythme du calendrier diplomatique et politique européen, notamment des sessions parlementaires. L’activité autour des consulats et ambassades est importante. « 47 pays sont représentés dans la capitale alsacienne. C’est tout simplement la deuxième ville diplomatique derrière Genève », mentionne Valérie Guillevic. A cette influence politique majeure s’ajoute une casquette économique en pleine modernisation, tout aussi créatrice d’activité. Strasbourg s’appuie sur un positionnement de ville de Congrès, sur son excellence en matière de recherche et d’offres universitaires, et ses pôles de compétitivité à vocation mondiale pour devenir une destination majeure du tourisme d’affaires et du tertiaire supérieur.

C’est le quartier du Wacken, à moins de deux kilomètres du centre historique, qui absorbe une grande partie de ces développements. D’ici 2020, l’attractivité sur ce plan sera encore nettement renforcée grâce à d’importants projets liés entre eux, générant de nouvelles opportunités commerciales. Un quartier d’affaires de 100 000 mètres carrés, répartis sur quatre hectares, accueillera des bureaux, centres d’affaires, commerces, services et logements. Il sera accompagné d’un nouveau Parc des expositions, conforme aux standards et exigences du marché, fonctionnant en synergie avec le Palais de la Musique et des Congrès qui fera peau neuve et se verra complété d’une extension de 8 000 mètres carrés réservés aux surfaces d’exposition et à la restauration. Des ambitions au cœur de la stratégie globale de Strasbourg. « Le statut d’Eurométropole implique une synergie des actions et des acteurs, dans un but commun de renforcement de l’attractivité et de l’image de la ville », souligne Jean-Luc Heimburger.

Sortie de crise

Si Strasbourg devrait offrir des opportunités intéressantes pour les réseaux de franchises à l’avenir, la ville porte encore les stigmates d’un récent passé qui n’a pas été épargné par les années de crise économique. La zone de chalandise s’est brutalement restreinte en l’espace de trois ans. On dénombre quelque 30 600 ménages de moins en 2014 par rapport à 2011, si l’on en croit une étude publiée par l’Insee et la CCI de Strasbourg. Le chiffre d’affaires global tend à se concentrer sur l’Eurométropole, qui regroupe l’ensemble des intercommunalités alsaciennes alentours. Il représentait 78 % en 2011, contre 83 % en 2014. Dans le centre de la ville, le chiffre d’affaires a connu au cours de cette période un recul de 2 %, équivalent à 11 millions d’euros de perte. Les équipements de la maison et de la personne ont enregistré les performances les plus ternes avec respectivement – 12 % et – 10 %. A noter que le centre Rivetoile, conçu il y a huit ans, affiche également des résultats en berne, même s’il enregistre toujours environ six millions de passages par an.

Une enquête récente de la CCI de Strasbourg sur le panorama des commerces de la ville et ses caractéristiques révèle que l’accueil des commerçants et la faible amplitude horaire figurent parmi les points du secteur à améliorer, tout comme le niveau des prix pratiqués. A l’inverse, on trouve parmi les points forts la propreté, la diversité commerciale, ou encore l’esthétique des boutiques. Les zones commerciales sur le pourtour de la ville s’étendent et contribuent à relancer l’économie, à l’image de celles de Fegersheim ou Vendenheim, souvent citées en référence, poussées par des enseignes à grand succès comme Grand Frais, Courtepaille, ou encore Buffalo Grill. Le cabinet Michel Kahn Consultants, spécialiste Franchise et Partenariat implanté à Strasbourg, recommande aux porteurs de projets de « se tourner vers ces grandes zones, mais en tenant bien compte des spécificités sectorielles dans lesquelles il se lance. »

Une nouvelle ville dans la ville

Les futurs franchisés pourront aussi miser sur les Deux Rives, la nouvelle ville sur le Rhin. Il s’agit d’un vaste projet de réhabilitation de friches portuaires destiné à relier la ville allemande de Kehl à Strasbourg. Les travaux devraient être achevés d’ici 2020. « Ce sont près de 20 000 habitants qui seront accueillis sur ce nouveau pôle urbain. Ce projet est un véritable axe de développement vers l’Est. La conséquence de ces ambitions est que nous sommes face à de belles nouvelles opportunités », assure Valérie Guillevic.

L’un des symboles de cette initiative d’urbanisation est l’éco-quartier du Danube, élaboré pour être une vitrine du vivre ensemble, de la diversité, de l’écologie et de la mobilité. On y trouvera quelques 650 logements dont des bâtiments aux standards BBC (Bâtiment basse consommation), 18 000 mètres carrés de commerces et bureaux, ainsi qu’une école maternelle et une résidence étudiante, le tout disponible sur six hectares. Le quartier de Bruckhof, qui accueillera un programme immobilier de constructions aux standards BBC et de Très haute performance énergétique (THPE), et la presqu’île Malraux, déjà largement investie par les Strasbourgeois, sont également des sites stratégiques. Parallèlement, les constructions sur la ligne D du tramway ainsi que la création de nouveaux itinéraires cyclistes accompagnent ces développements pour mieux connecter les quartiers. Près de 8 500 emplois sont à la clé avec l’ensemble du projet des Deux Rives. Une large place sera accordée aux commerces de proximité et aux jardins partagés. « La ville de Strasbourg est une zone stratégiquement favorable. Compte-tenu de ces projets et développements urbains, elle reste un très bon territoire d’investissement », indique Valérie Guillevic.

Mathieu Neu

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