Des têtes de réseau face à la crise

Voilà soudain 2 049 réseaux de franchise en France et leurs quelque 750 000 emplois directement impactés. À coups de confinements, de fermetures administratives et de chômage partiel. Pour autant, si le tableau est noir, les franchisé·es de France et de Navarre ont pu et peuvent compter sur deux choses : le soutien et la réactivité de leur réseau et de leur franchiseur, les bienfaits du modèle de la franchise face à une situation de crise.

2020, année horrible. Les entrepreneur·euses et autres commerçant·es indépendant·es, franchisé·es ou non, enchaînent les coups durs. Un premier confinement de près de deux mois, des fermetures administratives en pagaille, puis un second confinement en pleine période commerciale cruciale… La coupe menace de déborder. La France, leader européen de la franchise (plus de 78 000 points de vente, 67,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires), se retrouve face à l’urgence. Il faut sauver nos commerces et nos entreprises. Si les nombreuses aides gouvernementales exceptionnelles (chômage partiel, fonds de solidarité, exonérations de charges) sauvent en partie les meubles, ça ne suffit pas. « Les réseaux souffrent depuis trop longtemps, les aides de l’État sont importantes, mais ne répondent pas à tous les besoins. D’autant plus que beaucoup d’entreprises et de réseaux ne bénéficient pas du fonds de solidarité », nous expose Véronique Discours-Buhot, déléguée générale de la Fédération française de la franchise (FFF). Chez L’Onglerie, réseau d’instituts de beauté fort de 115 points de vente, le bilan est sévère, comme le résume Laurence Py, responsable de l’animation du réseau : « C’est simple, nous faisons partie des commerces considérés comme non essentiels, les deux confinements ont donc résulté en une fermeture administrative de nos centres et une activité inexistante ». Stéphanie Taupin, directrice des opérations franchise du réseau de services à la personne O2 dresse un constat similaire : « -37,5 % d’activité en mars, -71,4 % en avril. »

Les temps sont durs pour les réseaux, mais la réponse et les initiatives face à la crise ont été immédiates, collectives. Les franchiseurs et les têtes de réseau, en vertu et en respect de leur responsabilité, apportent un soutien moral et stratégique souvent vital aux franchisé·es. Pour la déléguée générale de la FFF, « la franchise se base sur la transmission de savoir-faire et le partage de la valeur, les franchisé·es ne sont pas seul·es ».

Une fédération et des franchiseurs réactifs

Pas seul·es ? « Lors du premier confinement et dès les premières semaines de la crise, la capacité des réseaux à se mobiliser tout de suite a été très importante. Il leur a fallu dresser un état des lieux immédiat avec leurs franchisé·es, des finances, de la trésorerie, des effectifs et des mesures à mettre en place », détaille Véronique Discours-Buhot. La FFF, justement, a joué son rôle de fédération et de carrefour des réseaux en fournissant aux réseaux membres des informations et des webinaires réguliers, notamment pour la signature des PGE ou la demande d’activité partielle. Le tout grâce à un « collège d’expert·es de la franchise – avocat·es, comptables, géomarketeur·rices, communicant·es », mobilisé via la plate-forme de la FFF.

Outre l’apport d’informations et d’éclairages garanti par leur fédération, les franchisé·es ont profité du soutien de leur franchiseur et du dialogue, certes inhérents au modèle, mais d’autant plus renforcés durant la crise. Chez L’Onglerie, dit Laurence Py, « on a mis en place une machine de guerre avec l’équipe de la tête de réseau ». Il a fallu réagir du « tac au tac » pour anticiper les besoins, notamment en matière d’hygiène et de protocoles. Une capacité de réactivité et d’action au cœur de la relation franchiseur/franchisé, selon Stéphanie Taupin et O2 : « Le franchiseur agit, prend des décisions pour le bien de son réseau, pour la sécurité de ses franchisé·es. » Pour les 115 centres L’Onglerie et les 165 franchisé·es O2, le même constat rassurant : c’est l’ensemble de leur réseau qui fait corps et réagit collectivement pour résister à la crise. Selon l’enquête annuelle de la franchise de la Banque Populaire, datée de 2019, 48 % des franchisé·es déclarent avoir choisi ce statut pour bénéficier de l’accompagnement du franchiseur. Donnée intéressante en cette période de crise, 28 % mettent en avant la limitation des risques financiers comme aspect attractif de la franchise. L’entraide interne aux réseaux, entre entrepreneur·ses indépendant·es et avec la tête de réseau, s’avère aujourd’hui essentielle.

Réseau et intelligence collective

Véronique Discours-Buhot, FFF, le répète : « Les têtes de réseaux ont fait tout ce qu’elles ont pu en matière de trésorerie, qu’il s’agisse de reports d’échéances ou mêmes d’effacements temporaires de certaines redevances [ndlr : la redevance publicitaire par exemple], mais on ne peut pas demander à tous de supporter les mêmes efforts. » Malgré un second confinement qui inquiète la déléguée générale et lui laisse craindre « une vague de faillites et de graves difficultés », Véronique Discours-Buhot loue « l’intelligence collective de la franchise qui a nourri l’ensemble des réseaux et leur a permis de prendre des mesures efficaces, grâce aux retours d’expérience notamment ».

Côté franchiseurs, la réponse s’est souvent déclinée en plusieurs points. Stéphanie Taupin revient en détail sur les soutiens du groupe O2 à ses franchisé·es : « Sur la gestion du choc tout d’abord, nous avons écouté et accompagné une remise en action adaptée à chacun·e. Sur la mise en place des mesures gouvernementales, nous avons expliqué les dispositifs, aidé les franchisé·es à projeter leur trésorerie pour décider du recours à un PGE notamment. Nous avons également organisé des visioconférences pour communiquer aux franchisé·es les mesures prises pour la protection des salarié·es, les équipements de protection. Ainsi que 18 ateliers participatifs virtuels, pour préparer la reprise à la sortie du confinement et partager notre plan de relance. » Chez L’Onglerie, on a vite mis en place des « mesures d’hygiène et de sécurité pour que les centres disposent d’un guide de procédure de reprise d’activité complet, opérationnel et simple d’application », explique Laurence Py. Le franchiseur s’est chargé de trouver des fournisseurs pour l’achat de masques, gants et autres gels hydroalcooliques et plexiglas de séparation, et de livrer directement les points de vente. Comme O2, L’Onglerie a mis en œuvre un accompagnement personnalisé sur les dispositifs d’aides gouvernementales.

Des initiatives permises et pérennisées par les réseaux. « La force du collectif aide à mieux vivre cette crise et d’être toujours debout après le premier confinement. Ce sera aussi le cas après le deuxième confinement », assure Stéphanie Taupin.

Le modèle de la franchise à l’épreuve de la crise

Le soutien stratégique inhérent aux réseaux aura permis de sauver plus d’une affaire, de même que le soutien psychologique et humain. « En période de crise, tout le monde a perdu sa boussole. Recevoir des remontées et des partages d’expériences permanents a permis aux franchisé·es d’y voir plus clair et de réagir au mieux quand c’était possible », analyse la déléguée générale de la FFF. Pour Véronique Discours-Buhot, il y a « les commerçant·s indépendant·es sous franchise et les commerçant·es indépendant·es isolé·es : une grande différence durant une crise ». Autrement dit, être membre d’un réseau maximise les chances de « survie ». « Par définition, dans la franchise, il existe une grande interactivité et interdépendance. La survie des uns aide à la survie des autres, il faut un franchiseur en bonne santé pour avoir des franchisé·es en bonne santé, et réciproquement. » La déléguée générale, « aimerait que les plus jeunes entrepreneur·ses se tournent plus vers la franchise et moins vers un système de start-up plus instable ».

Avec le recul, le bilan est positif pour O2. La directrice des opération franchises du groupe se félicite de la note de 9,15/10 obtenue par l’enseigne, lors de l’enquête de satisfaction des franchisé·es sur la gestion de crise du franchiseur. Mieux, le développement du groupe se poursuit malgré tout : « Douze nouveaux·elles franchisé·es nous ont rejoints depuis la levée du premier confinement. » Pour L’Onglerie, l’optimisme est également permis : et l’enseigne ouvrira six nouvelles boutiques à la sortie du deuxième confinement. « Une belle bataille gagnée », se félicite Laurence Py.

En définitive, Véronique Discours-Buhot, la déléguée générale de la FFF, voit dans cette crise une nouvelle preuve des bienfaits de la franchise : « Il n’y a pas photo, les entrepreneur·ses franchisé·es résistent mieux à la crise. J’espère que le modèle de la franchise va séduire toujours plus, il faut continuer à présenter les bienfaits du modèle et la crise y participe. C’est le moment d’argumenter davantage pour inciter celles et ceux qui veulent entreprendre de le faire, grâce à des concepts éprouvés au retour sur investissement rapide et aux risques plus limités. »

Adam Belghiti Alaoui

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