Big Brother is vachement watching you

Les premiers portiques subtilement mouchards envahissent l’espace privé.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Nous y voilà. De la science-fiction dystopique mais bien réelle. Pire, commercialisée. On tremblait déjà à voir les Chinois.es tous et toutes filmé.es à tout moment par des milliers de caméras. Centrage autour de la tête, identification, mesure de température, bons et mauvais membres du Parti, terroristes ou délinquants en cavale, recherche de suspects, tout y passe sous l’arsenal bigbrotherien des logiciels de « traquage », le mot lui-même, en français, porte son pesant anxiogène.

En France, les maires investissent lourdement dans ces vidéos de surveillance et ces drones discrets, toutes et tous utilisé.es pour la « bonne cause », la sécurité et son bataclan liberticide. Au nom de ce refrain de l’asservi volontaire : si je n’ai rien à me reprocher, je ne vois pas pourquoi j’en serais gêné…

Et le jour où, sans que vous vous sentiez le moins du monde malade, le portique de votre entreprise va biper, au vu et au su de tout le monde, et vous interdire l’accès au bureau ? Cause : vous avez été mesuré.e à un petit 38,2, et vous n’êtes pas le.la bienvenu.e dans le monde des bien portants… Mais pourquoi le portique ne serait-il carrément pas assujetti à un logiciel de diagnostic médical ? Vous êtes enrhumé.e, tournez les talons. Vous avez une gastro, rentrez chez vous. Vous avez été licencié.e ce matin, accès interdit…
C’est toute la promesse d’Antares Vision, leader mondial italien des « systèmes d’inspection et de vision pour le contrôle qualité, des solutions de suivi anti-contrefaçon et de contrôle, de la gestion intelligente des données » et désormais « tracker de santé », le nom même de son portique, TrackMyHealth… (lire ici).

Un « système de sécurité intégré pour la prévention et la protection de la santé humaine. » Où se place le tracker ? Partout où « les entreprises et les administrations recevant du public devront s’assurer que les personnes présentes dans leurs locaux respectent les critères de sécurité, la distanciation sociale et l’adoption de dispositifs de protection individuelle », soit dans les « entreprises, banques, établissements publics, grands centres commerciaux, espaces publics tels que les centres d’exposition, gares et aéroports… ». Le vocabulaire même de la société en dit long sur la « traque » des « personnes sans masques repérées ». Avec ou sans, du reste, votre température corporelle sera mesurée avec une précision de + /- 0,3°, vous serez comptabilisé.e en entrée et sortie, on saura si vous êtes masqué.e ou pas et si vous respectez la distance. Imaginez si vous n’entrez pas dans les normes : le fabriquant l’annonce sans vergogne, le portique « génère automatiquement des signaux d’alarme en cas de comportements anormaux, et une grande quantité de données consultables via un outil d’enregistrement des données… » Vous vous voyez, sous les yeux de tout un chacun, déclencher les bips-bips accusateurs ? Attendre, figé.e, la venue d’un vigile ? Sans parler de l’appréhension du passage. Déjà, au sortir des magasins, l’alerte antivol, la plupart du temps injustifiée, vous met le rouge aux joues. Ou le portique détecteur de métaux qui vous exaspère dans les aéroports. Alors la suspicion de salarié.e « a-normal.e »… « Le tout dans le respect du RGPD », plaide le fabricant. Ouf, que vous ayez un jour été interdit.e d’entrée ne sera pas inscrit sur votre casier judiciaire !

« Alarmes et non-conformités », s’enorgueillit Antares Vision. Le virus nous aspire dans le monde du conforme. J’en ai peur. Pas vous ?

Olivier Magnan, rédacteur en chef

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