Opportunismes, prisons vidées et film pas encore viral

On a connu le marché noir. Les trafics. Les délits d’opportunisme.
Mais un confinement généralisé gêne nos petites et grandes mafias. Tant mieux. La Cour de Paris estime que les trafics de stupéfiants ont chuté de 78 %. On n’ose imaginer les états de manque des toxicomanes. Ni le prix des stupéfiants encore acheminés. Au registre des petits délinquants que la foule ne dissimule plus, on relève quand même des ventes de masques à la sauvette et quelques trafics organisés par certaines officines. Mais le tribunal de Paris ne relève pas – encore – de trafic de chloroquine ou d’hydroxychloroquine.
Du reste, nos prisons se vident. On comptait 200 ou 300 incarcérations par jour, le flux s’est réduit à 60/80 « entrées ». Dans le même temps, les sorties s’intensifient. Les juges d’application des peines, les procureurs multiplient les motifs, de la remise de peine à l’assignation à domicile jusqu’aux libérations pour bonne conduite. Il faut éviter à tout prix les épidémies foudroyantes dans les cellules et les explosions de désespoir.

L’opportunisme n’est pas forcément délictuel.

Immédiatement, nos messageries ont été envahies par l’avalanche d’initiatives, payantes ou gratuites. Opportunisme pour l’alimentaire à livrer, pour les sites de dating pris d’assaut pour des rencontres virtuelles, pour les enseignements en ligne, pour la culture – visiter les musées du monde entier… – ou sous forme de gestes inventifs – un boulanger parisien propose de petits sachets de pain frais à cuire chez soi.

On s’étonne que les premiers livres sur, à propos, contre le coronavirus, ouvrages, pamphlets, études scientifiques, dénonciations politiques, bilans économiques ne soient pas encore parus : nul doute que les éditeurs rongent leur frein dans l’attente de la réouverture des librairies. Les publications en ligne ouvriront le raz-de-marée : les populations voudront savoir, comprendre, trouver des coupables…

Mais nous tenons le premier film ! Il a pour titre Corona. L’exploit en revient au réalisateur canadien de 33 ans Mostafa Keshvari qui a écrit, tourné et monté son thriller de circonstance en janvier : trois jours de tournage dans le huis-clos d’un ascenseur en panne reconstitué où une malheureuse Asiatique se met à tousser. Six personnages « cosmopolites » saisis par la peur et enragés par le racisme. Keshvari n’a pas fait dans la demi-mesure : parmi les reclus, un homme en fauteuil roulant au front tatoué d’une croix gammée et une femme enceinte… Un film en plan séquence par lequel le réalisateur entend dénoncer le racisme et la peur de l’autre. Pas sûr qu’une fois libérés du confinement les publics se précipitent pour le voir…

Olivier Magnan
rédacteur en chef

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