Comment établir son plan de financement pour savoir combien emprunter

Les vrais coûts d’une franchise

Le phénomène est criant : la covid-19 ne freine pas les appétits des Français·es pour une aventure entrepreneuriale de type franchise ! On le comprend à travers tous les articles de ce numéro, le collectif joue à fond avec l’appui de la tête de réseau : le·la franchisé·e est bien mieux armé·e qu’un commerçant indépendant, « essentiel » ou non, pour affronter la crise sanitaire. Reste… à lever des fonds. Donc mettre au point un business plan net et précis. Où va figurer notamment un volet consacré aux aspects financiers avec un bilan et un compte de résultat prévisionnel sur une période déterminée (en général cinq ans). Ce volet est bien sûr primordial : il reflète les vrais coûts de création d’une franchise. Partant, le capital à emprunter.

«On distingue deux types de franchises, celles avec local commercial et celles sans, comme le courtage. La franchise avec local représente environ 52 % du total du coût », rappelle Laurent Delafontaine, associé fondateur d’Axe-Réseaux. Quels sont les autres investissements à entrer dans un plan de financement ? En premier, le local lui-même, quand il en faut un. Il s’agit soit d’un droit au bail, soit du rachat d’un fonds de commerce. Il existe des locaux sans frais initiaux, mais les loyers sont plus importants. Puis viennent l’ensemble des frais d’aménagement et les travaux nécessaires du local pour dupliquer le concept. Avant la prise en compte des frais de constitution des stocks, de l’informatique, du mobilier, du matériel, de la signalétique extérieure Les voilà, les principaux coûts d’une création de franchise. « Pour optimiser ses chances de succès, le futur franchiseur doit se faire accompagner par un expert-comptable, un juriste mais aussi, idéalement, par une agence spécialisée qui trouvera le bon emplacement en fonction de l’activité. La mauvaise estimation du coût réel des travaux de remise du local aux normes du concept sera l’écueil souvent rencontré par les aspirants franchisés. Pour éviter les mauvaises surprises, il faut vraiment échanger avec la tête de réseau qui connaît le montant des dépenses à prévoir », recommande Benoit Fougerais, fondateur de pretpro.fr.

Ne pas sous-estimer les coûts d’ouverture

Ces coûts, dits d’installation et d’agencement, constituent la mise de fonds majeure d’une création de franchise. Les autres ne sont pas à négliger, met en garde Laurent Delafontaine : « Le futur franchisé doit estimer les coûts d’ouverture. En premier lieu, le recrutement et les formations. En règle générale, un manager est embauché un mois avant l’ouverture et le personnel une semaine avant. Il faut souvent compter un mois de formation pour le manager. Durant ce laps de temps, le nouveau franchisé doit payer le loyer de son local, les taxes, les charges et les salaires. » Le·la candidat·e à la franchise doit également régler les droits d’entrée, en une fois, au moment de la signature du contrat avec son franchiseur. « Il doit aussi financer le logiciel d’exploitation parfois imposé par le franchiseur et le plan médias de lancement de son commerce », liste Laurent Delafontaine. Dans ce cadre, le candidat a tout intérêt à estimer au plus juste son besoin en fonds de roulement s’il ne veut pas cesser son activité prématurément. « La tâche est plus complexe qu’il n’y paraît selon les activités. Dans l’immobilier par exemple, le délai est très long avant d’atteindre le point mort. Il faut le temps de trouver des biens, des acheteurs et respecter les délais légaux », souligne l’expert.

Le BFR, l’évaluation de tous les risques

Le point fondamental reste la bonne estimation du BFR, c’est-à-dire la somme que devra débourser chaque mois le nouveau franchisé jusqu’à ce que son chiffre d’affaires lui assure une rentabilité. Et malheureusement, les mauvaises surprises s’annoncent multiples : les coûts d’installation mal évalués en sont un exemple récurent. Si le vrai coût de création d’une franchise est faussé, l’opération risque vite de s’avérer catastrophique. « Plus d’un tiers, voire 40 % des échecs enregistrés au cours des derniers 12 à 18 mois s’expliquent par l’insuffisance de la prise en compte des besoins financiers liés au BFR. Il s’agit véritablement du maillon faible dans le processus de création d’une franchise. Parfois, cette faiblesse est liée au banquier, qui n’a pas une connaissance assez fine de l’activité et qui sous-finance. Entre deux enseignes de boulangerie par exemple, certes le concept demeure identique, mais leur fonctionnement va s’avérer très différent. La tête de réseau, qu’il soit le franchiseur, une coopérative ou un partenaire, doit impérativement orienter le candidat à la franchise et l’accompagner dans la réalisation de son plan de financement », souligne Michel Kahn, consultant en franchise et président de la Fédération des réseaux européens de partenariat et de franchise (Iref).

Le franchiseur, un soutien nécessaire

Donnée essentielle : le franchiseur se doit de se montrer le plus transparent possible sur ces coûts. « Un groupe hôtelier doit, par exemple, communiquer le coût de réfection d’une chambre, son taux d’occupation, etc. La loi Doubin liste les dépenses initiales à la mise en œuvre du concept, mais n’oblige pas le franchiseur à dévoiler l’ensemble des informations qui aboutissent à une estimation précise du plan de financement dans le temps », alerte Laurent Delafontaine. Un point de vue partagé par Michel Kahn : « La loi Doubin est trop restrictive, et je l’admets même si j’ai participé à son élaboration. Elle n’évoque pas la nécessité de provisionner trois mois d’avance de BFR, de prévoir des fonds pour enregistrer légalement sa société, les dépenses de matériels, etc. » En somme, si la tête de réseau n’a pas conscience de son rôle, si elle n’a pas été programmée dans ce but, si ce n’est qu’une « chasseuse de droits d’entrée », alors elle court à la catastrophe et ses franchisé·es avec elle. « Les performances d’une tête de réseau sont exclusivement dépendantes de celles de ses franchisé·es. Finalement, le vrai métier d’une tête de réseau, ce n’est pas de bien faire, mais de savoir bien faire réussir son partenaire », exprime avec conviction Michel Kahn. En clair, la tête de réseau doit proposer une vraie méthode d’apprentissage et prodiguer à son futur partenaire une multitude de conseils de savoirs, dont l’élaboration d’un budget d’investissement fait partie.

Prévoir une marge

Pour éviter les déconvenues, il reste vivement recommandé de prévoir des budgets pour des dépenses qui ne sont pas obligatoirement répertoriées dans le DIP (Document d’information préalable), comme le financement de campagnes de communication. Pour Michel Kahn, « dans le partenariat, la question ne se pose pas puisque le budget de lancement est prépayé par le futur partenaire. En général, forte de son expérience, la tête de réseau va dépenser de façon pertinente pour faire connaître son nouveau partenaire ». Benoit Fougerais, pretpro.fr, préconise de prévoir une marge de 10 % sur le coût estimé du projet. Quand il doit évaluer un BFR, il s’efforce de repérer la sous-estimation et recommande alors au candidat de se remettre à l’ouvrage. Une fois le BFR correctement estimé, le·la candidat·e à la franchise va enfin pouvoir se tourner vers les banques. En règle générale, un projet est financé avec 30 % d’apport. De plus en plus d’entrepreneurs font appels au financement participatif. Les fonds ainsi récoltés, considérés comme des quasi-fonds propres, viennent en complément de l’apport, ce qui est apprécié par les établissements financiers.

Le rôle majeur du courtier

« Nous utilisons beaucoup le financement participatif grâce notre plate-forme à laquelle sont reliés tous les prêteurs potentiels du futur franchisé : les sociétés spécialisées dans le financement participatif, les régions, les organismes publics spécialisés comme le réseau France Active, les spécialistes du leasing et bien sûr, les banques. Notre métier est d’offrir la meilleure solution de financement au futur franchisé », indique Benoit Fougerais. L’objectif est d’optimiser le financement entre les acteurs. « Par exemple, nous pouvons préconiser pour un dossier 5 % de leasing, 20 % de financement participatif, 25 % d’apport et 50 % de crédits bancaires. Bien sûr, le scénario idéal serait que la banque supporte l’ensemble du projet : le crédit est actuellement bon marché en raison de la faiblesse des taux. Mais les banques sont bien sûr réticentes à porter seules le risque et voient donc toujours d’un bon œil la participation d’un autre acteur dans le financement », explique le professionnel. Selon lui, la mise en place d’un financement est rapide. « Une fois le dossier complet, nous le mettons en ligne sur notre plate-forme pour 15 jours. En pratique, les organismes de financement participatifs comme les spécialistes du leasing se positionnent très rapidement, en quelques jours. Ensuite, les banques ont également 15 jours pour formuler une offre et négocier avec nous des conditions : taux d’intérêt bien sûr, durée du prêt, autorisation de découvert, coût des moyens de paiement, location du terminal de carte bancaire, etc. »

Ce processus suivi par un pro de l’accompagnement rappelle à quel point s’adjoindre les services d’un courtier dans la création de franchise, à l’image d’un particulier à la recherche d’un crédit immobilier, offre un gain de temps et d’argent souvent considérable. Faites-vous accompagner. Mais ne pensez pas vous en remettre entièrement à la clairvoyance d’un tel accompagnateur : un vrai professionnel exigera votre implication totale dans l’élaboration du business plan. Il y va de votre crédibilité.

Pierre-Jean Lepagnot

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