Le tandem franchiseurs-franchisés est allé puiser dans ses réserves pour affronter la crise et tenter de rebondir, prendre conscience des failles et s’appuyer sur les forces d’un système qui a su innover et se soutenir pour passer le cap du fléau covid-19. Trois professionnel.les de terrain se projettent dans le redressement.

Comme un effet miroir à l’urgence sanitaire, les réseaux de franchise n’ont pas tardé à recourir à l’aide de conseiller.ères et d’avocat.es pour appréhender ce qui a été qualifié par Me Jean-Baptiste Gouache, avocat au Barreau de Paris, d’« atteinte aux libertés fondamentales, et notamment celle d’interdire le droit d’exercer sa profession ». En première ligne face à un vrai mouvement de panique, Me Laurence Vernay, cette avocate au Barreau de Nantes qui étudie la franchise depuis vingt ans, a dû gérer le début des incertitudes : « Durant la première semaine, nos client.es voulaient savoir s’ils.elles avaient la possibilité de rester ouverts ou non, et s’il fallait le faire ». Or la rapidité avec laquelle certaines enseignes ont dû fermer a créé une vague de flou. Un constat que partage Laurent Delafontaine, dirigeant du cabinet Axe Réseaux. Lui, parle d’une « première semaine de sidération où les compteurs se sont arrêtés, le temps a fait une pause ». Il a donc ensuite fallu réagir très vite, d’autant plus pour les secteurs durement frappés par la crise dont l’ancien directeur de franchise qu’est Delafontaine donne le tiercé : « La restauration, les coiffeurs et même les salles de sport ». Mais plus globalement, c’est tout le commerce qui a été touché en plein cœur, pléthore d’enseignes ont multiplié les appels auprès de spécialistes.

Un besoin rapide de se faire épauler

Parmi les problématiques principales, Me Laurence Vernay a noté la chronologie des demandes qui ont déboulé de la part des réseaux de franchise : « D’abord comment gérer l’activité partielle ? Puis le sujet des baux commerciaux comme la gestion des loyers est arrivé, enfin des demandes d’information sur les prêts garantis par l’État et les prêts de soutien bancaires. » Un océan d’informations juridiques. Les avocat.es se sont littéralement « défoncé.es » pour « comprendre ces textes qui changeaient toutes les nuits », commente Me Cécile Peskine, avocate et membre du Collège des experts de la Fédération française de la franchise (FFF).

Informer, encore et toujours. C’est l’une des clés de la sortie de crise pour Laurent Delafontaine : « Signifier le retour à la normale, prévenir son carnet d’adresses de la réouverture, se montrer de nouveau à disposition des client.es » et même « faire en sorte de redoubler de services auprès de cette clientèle. » Côté organisation interne, Me Laurence Vernay a souligné l’importance de « se rapprocher des banquier.ères pour se renseigner sur les prêts garantis par l’État », accessibles jusqu’au mois de décembre. Indispensable donc de sauvegarder la trésorerie, « le nerf de la guerre pour toutes entreprises », insiste Isabelle Saladin, entrepreneuse, présidente de l’association Les Rebondisseurs français. Pour Me Jean-Baptiste Gouache, « celles et ceux qui s’en sortiront le mieux auront anticipé l’adéquation des charges au chiffre d’affaires ». Il recommande à ses client.es de procéder à un reporting financier et en cas de discordance entre charges et résultats, ne pas hésiter à demander une révision de son loyer.

S’appuyer sur les forces de la franchise

Dans chaque crise, il est essentiel de retenir le positif. Les réseaux de franchise ont montré leur capacité à faire preuve de solidarité, « la plupart des réseaux ont accompagné les franchisés, ne serait-ce qu’au nom de leur intérêt commun », confirme Jean-Baptiste Gouache. Des franchiseurs sont même allés jusqu’à « décaler, voire suspendre des redevances », remarque Cécile Peskine. Et dans le sens, Laurence Vernay considère la franchise comme « le meilleur système de rebond aujourd’hui ». Le poids de l’enseigne joue qui permet de « faire valider des dossiers de financement auprès de banquiers, dossiers qui ne seraient pas passés sans franchise ».

La franchise a de belles heures devant elle, crise ou pas crise. Pas question de stopper l’élan des entrepreneur.euses qui voudraient se lancer. « Pas de raisons d’attendre, il est important d’y aller », estime Isabelle Saladin, consciente de l’avantage que prendront les entreprises tournées vers « l’économie sociale et solidaire ». Plus prudente, Me Cécile Peskine pense qu’il serait aussi judicieux « d’attendre les prochains mois pour comprendre comment les consommateur.trices vont réagir ». Laurent Delafontaine, lui, ne considère pas qu’il existe absolument un moment opportun pour entrer en franchise : « La franchise est une solution : que ce soit avant, pendant, ou après covid, c’est un choix de vie important, pas un produit d’épargne, c’est un projet qui mérite réflexion. » Pas sûr que la sortie de crise ne soit pas même un moment propice pour investir.

Geoffrey Wetzel

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