Se reconvertir en franchise

Pas besoin de pipeauter à la banque, vous avez la force du réseau pour convaincre.
Pas besoin de pipeauter à la banque, vous avez la force du réseau pour convaincre.

Changer de vie, mais à quel prix ?

La franchise séduit de plus en plus de primo-entrepreneurs. Logique : sécurisante pour les banques et les patrons, elle permet de voler de ses propres ailes, sans pour autant être totalement seul. Mais ce système, idéal pour les salariés désireux de changer de carrière, implique néanmoins la maîtrise de quelques notions.

C’est une idée qui trotte dans la tête de neuf actifs sur dix en France, selon une étude menée par l’AEF : changer de carrière. Tout le monde ne franchit pas le cap, mais l’idée est là. C’est même un processus naturel. A 35, 40, ou 50 ans, se pose un jour la question de la reconversion professionnelle, que ce soit pour donner un nouveau sens à sa vie, dans l’optique de gonfler ses revenus ou par soif de découverte d’un autre univers. A cela s’ajoute la conjoncture économique actuelle, qui fait la part belle à la culture de l’indépendance et du freelance. Vouloir créer sa boite est un sentiment partagé par moult cadres en milieu de carrière – un sur trois, pour ainsi dire, selon les estimations. A ce titre, la franchise représente un vrai tremplin pour les salariés en quête d’un nouveau challenge. Pas moins de 2025 entreprises franchisées ont vu le jour en 2016, pour 1,7 milliard d’euros de chiffre d’affaires généré, d’après la Fédération Française de la Franchise. En effet, ce système dispose de nombreux avantages pour quiconque souhaite faire ses premiers pas dans l’entrepreneuriat et assouvir son désir d’indépendance. En premier lieu, la liberté de choix. “On dénombre plus de 1100 réseaux en France, ce qui offre un éventail de métiers considérable, remarque Corinne Gicquel, créatrice du site reconversionenfranchise.com et Fondatrice du cabinet Action Franchise & Réseau, qui propose du coaching pour franchisés. Ainsi, chacun peut trouver chaussure à son pied selon son appétence pour tel ou te milieu. Quel que soit mon âge ou mon niveau de diplôme, si j’ai une âme d’entrepreneur, il existe une enseigne faîte pour moi. La preuve, 40% des franchisés sont des femmes. Un taux bien supérieur à l’entrepreneuriat classique.” Ensuite, surtout, s’établir sous l’égide d’un réseau déjà existant diminue grandement les risques. Il s’agit tout simplement du modèle économique où l’on enregistre le moins d’arrêt d’activité au bout de trois ans. Quand on compare au taux de réussite des start-up, dont à peine 10% dépassent le cap des deux ans d’existence, cette soupape de sécurité n’est pas négligeable. “Pour les nouveaux franchisés, les chances de succès sont deux à trois fois supérieures à celles et ceux qui se lancent sous le modèle indépendant classique, remarque Alain Rey responsable franchises et commerces associés au sein de l’organisme de garantie sur crédits SIAGI. 85% des entreprises sous enseigne existent toujours au bout de 5 ans, contre seulement 40% pour les autres.”

Un grand saut, mais avec parachute

Ces chiffres flatteurs s’expliquent par le concept même de la franchise, qui n’est qu’une duplication d’un modèle existant et qui, par définition, a déjà fait ses preuves. En plus d’assurer le marketing général et la promotion de l’image de la marque, la maison-mère transmet également un savoir-faire. “La franchise, c’est un package clef en main. Vous êtes indépendant, chef d’entreprise à part entière, mais vous n’êtes pas seul”, résume ainsi Corinne Gicquel. Les délais de rentabilité sont également plus courts sous ce schéma : au bout de deux ans en moyenne. Pour quelqu’un qui découvre les rudiments de la création d’entreprise après plusieurs années de salariat, ce cadre fixé par une enseigne forte n’est pas négligeable, rassure et compense largement le droit d’entrée dont il faut s’acquitter. “Le saut dans l’inconnu s’effectue avec parachute”, illustre Fabienne Hervé, gérante de FH Conseil, cabinet qui accompagne les réseaux dans le développement de leur image de marque et de leur notoriété depuis 1986. Par exemple, avant de voler de ses propres ailes, le franchisé reçoit une formation dispensée par la tête de réseau ainsi qu’un accompagnement pour l’aider à s’implanter, via des animateurs sur le terrain. Ne pas croire, donc, que ne pas connaître un métier ou un secteur peut être un frein à son désir d’indépendance. “Il est plus facile de changer de secteur d’activité lorsqu’on bénéficie de l’accompagnement et des moyens d’un groupe solide, note Francis Delalande, franchisé pour le cuisiniste SoCoo’c depuis octobre dernier, après un parcours professionnel au sein de la filière de la distribution professionnelle. Chez SoCoo’c, chaque franchisé suit une immersion de plusieurs semaines en magasin. Puis, nous sommes guidés dans le lancement de notre projet, notamment dans la recherche des locaux, l’agencement du magasin, le recrutement et la formation de l’équipe. Enfin, nous bénéficions d’un suivi personnalisé lors de l’ouverture du point de vente.” A cela s’ajoute les atouts du “réseau”. Faire partie d’une enseigne permet d’échanger avec d’autres membres et de mettre tous les atouts de son côté.

Reste alors à bien choisir sous quel pavillon se lancer. Car au delà des deniers à investir, gérer un atelier d’entretien automobile, un fast food ou une entreprise de services à la personne requiert des qualités bien différentes. “En général les candidats mettent un an à choisir leur franchiseur”, estime Corinne Gicquel. A ce titre, rencontrer les franchiseurs en amont, sur les salons ou en les contactant directement peut être un bon moyen pour prendre la température. C’est la voie suivie par Xavier Ory. À 54 ans, après 25 ans de carrière dans l’univers de la chaussure comme directeur de magasins au sein d’un grand groupe, ce dernier souhaitait renouer avec le commerce de proximité. Ses envies le guident vers le chocolat, son “pêché mignon”, comme il dit. Mais il a changé d’avis, après avoir constaté que le marché était trop cyclique. Le voilà finalement à la tête d’un Monceau Fleurs, à Vernon (Eure). Début 2016, il s’est rapproché du groupe EMOVA. Avant même de s’engager, il suit un stage d’immersion dans l’un des points de vente du groupe. “Ce stage m’a permis de valider mon choix vers l’univers de la fleur, raconte le quinquagénaire. Tout s’est alors rapidement enchaîné. Le Service Développement avait en portefeuille un magasin de fleurs à Vernon que le propriétaire désirait céder.”

Savoir s’entourer

Bien sûr, outre des facilités pour s’implanter, la franchise offre d’autres atouts. Il va sans dire que les banques sont moins frileuses pour assurer le financement de ce type de projets, dont le potentiel de rentabilité est déjà prouvé, que pour les dossiers partant de zéro. A fortiori lorsqu’il s’agit de la première création d’entreprise. “Les différentes structures de financement sont attentives à la sinistralité. Ce qu’on constate, en tant qu’organisme de garantie, c’est qu’elles sont plus enclines à prêter de l’argent à des porteurs de projets de franchise, puisqu’il n’y a pas de marque à créer et que la sinistralité est de fait plus faible.” Ce qui ne les empêche pas d’être regardantes sur la fiabilité du projet. Si chaque banque ou presque possède son service dédié au financement de commerces sous enseigne, certaines enseignes proposent les services de courtiers qui se chargent de négocier les meilleures conditions d’emprunt et de monter un dossier. Mais attention, tout ne repose pas sur le bon vouloir des banques. Un candidat à la franchise doit toujours engager une partie de ses fonds personnels. “L’argent à investir dépend bien évidemment des secteurs, mais en général les banques demandent un apport personnel à hauteur de 30% de l’investissement global.”, rapporte Alain Rey. A ce titre, la restauration semble être le secteur le plus gourmand : compter un million d’euros environ. Autant dire que tout le monde ne peut pas mettre 300 000 euros de sa poche sur la table. Et quand bien même, le pari que représente ce nouveau tournant de carrière est risqué et peut bouleverser la vie personnelle de chacun. A contrario, les franchises de services, moins connues que les grandes enseignes, peuvent convenir à bien plus de bourses. “Dans le secteur des services, il faut en moyenne compter entre 50 000 et 80 000 euros d’apport total, prêt bancaire compris, pour nouer un partenariat avec le franchiseur. Notamment parce que bien souvent, il n’y a pas de marchandises à stocker, moins de personnel, et parfois, il n’y a même pas besoin de local”, appuie Corinne Gicquel. Si la franchise garantit un accompagnement et échanges, notamment avec les confrères qui quadrillent le territoire, elle n’est pas non plus à assimiler à de l’assistanat. Ce n’est pas parce que le modèle est rentable à un endroit que son adaptation fonctionnera automatiquement. “Il existe des cas d’enseignes dont les succursales en propre gagnent de l’argent, parce qu’elles disposent des meilleures zones de chalandise, et dont les franchisent sont en difficulté”, nuance Alain Rey. Voilà pourquoi il est nécessaire de se renseigner en amont, de ne pas se précipiter et de rencontrer plusieurs franchiseurs. Tous ne fournissent pas un accompagnement de la même qualité. Fabienne Hervé conseille de son côté de “décrocher son téléphone, lire la presse spécialisée et de s’entourer de bons conseillers. Qui de Norauto, Speedy ou Midas est le plus propice à mon épanouissement ? De même, bâtir son business plan ne peut pas se faire tout seul. Il faut se faire assister par un expert comptable.” En résumé, le travail en amont est souvent facteur de réussite. Avant de se reconvertir en franchise, il convient de se poser les bonnes questions. Et surtout, de se connaître soi-même. Corinne Gicquel : “quels sont les métiers qui m’animent ? Ai-je envie de vendre du service ou des produits ? Si je veux vendre des produits, est-ce que je veux être sur le terrain à la rencontre des clients ou en boutiques ? Autant d’interrogations auxquelles le candidat doit répondre, avant même de penser à l’opérationnel. Car au final, il faut être sûr que la franchise est le modèle idoine pour soi.” A contrario, elle ne correspond pas forcément aux créatifs à la recherche d’une indépendance totale. L’auto-examen, une épreuve parfois plus difficile pour les entrepreneurs que le passage devant le banquier.

Marc Hervez

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