Une enseigne vernie

L’Onglerie, spécialisée dans le soin des ongles, des mains et des pieds depuis 33 ans, se veut une chaîne rassurante. Pari réussi.

François Léonard connaît son enseigne sur le bout des ongles, en résine ou en gel dans les 115 centres. « Cela représente 300 personnes. Au siège nous sommes une trentaine, et nous possédons en propre trois magasins pilotes, deux à Bordeaux, un à Toulouse », énonce l’associé, qui y a passé 30 ans. Dans cette enseigne on aime que les salariés reprennent les commandes, en témoigne son histoire.

Passages de relais

En 1981 Françoise Lartiguelongue, qui travaillait dans les faux ongles au Canada, revient en France et s’aperçoit que la pratique est embryonnaire en France. Elle s’installe chez un coiffeur à Bordeaux pour développer cette activité. Dans sa clientèle elle sympathise avec Gisèle Bachellerie, prothésiste dentaire, qui devient son associée. Ensemble elles créent en 1983 le premier centre L’Onglerie, avec leurs maris. Christian Pommier, le mari de Gisèle, insiste sur la franchise comme voie de développement, afin de dupliquer rapidement ce concept encore méconnu dans l’Hexagone. Il ouvre en parallèle un centre à Paris. « Laurence Py et moi arrivons trois ans après la création. Elle prend en charge la communication et l’animation, quand je m’occupe de l’administratif et du financier », se souvient François Léonard. Après 25 ans Christian Pommier part en retraite, et les deux adjoints reprennent l’enseigne qui leur est si cher. Le contexte change. « A notre création, le marché était inexistant, puis il a été en devenir, et depuis dix ans il a littéralement explosé », constate cet entrepreneur de 57 ans désormais.

Des boutiques entre ongles et lumière…
Des boutiques entre ongles et lumière…

Facteurs clés de succès

Le levier de réussite se situe dans la formation. « Dans ces métiers il importe d’être intransigeant avec la technique. Quiconque a des lacunes échouera à terme, car les clients ne pardonnent pas l’erreur sur un endroit aussi visible. Pendant ces cinq années, nous avons œuvré à obtenir un titre professionnel, niveau 4 éducation nationale, pour répondre aux exigences de qualification. C’est une reconnaissance de notre formation et de notre métier, et nous organisons des VAE ». Puis vient ensuite, selon l’associé, toute  l’alchimie autour de la franchise : « le soutien juridique, publicitaire, technique, social… Nous essayons d’être au plus près de notre réseau, en témoigne l’obtention du label réseau d’or par l’Indicateur de la Franchise », se réjouit-t-il, misant beaucoup sur le comité consultatif, constitué de neuf membres franchisés représentatifs du réseau. L’Onglerie n’est en fait pas prête de s’endormir sur ses lauriers grâce à la diversité de profils de ses franchisés. « Quand nous l’avons racheté en 2012, le réseau était mature, des personnes arrivaient à l’âge de la retraite, après avoir renouvelé quatre fois leur contrat. Nous comptons dans nos rangs des enfants de franchisées qui créent leur centre. En cinq ans nous avons renouvelé 65% des franchisées, et bien souvent ce sont les salariées qui ont racheté à leur patronne. Cette pratique est dans notre ADN, j’en suis la preuve vivante. Elles ont la technique, et il leur est plus facile de convaincre le banquier ». La moyenne d’âge est désormais de 42 ans, avec même une jeune franchisée de 22 ans à La Rochelle. C’est donc ce melting pot, des jeunes, des seniors, multi-centres, gros centres, petits centres… qui fait la richesse du réseau. « Nous les consultons pour de nouveaux produits, par deux ou trois réunions régionales dans l’année où la participation n’est pas obligatoire mais est élevée, et par une convention nationale tous les 18 mois, plus festive. Le côté échanges et émulation fonctionne bien ».

Véritable institution des ongles

Le marché américain tire le marché mondial. « Les nouveautés s’enchaînent. Aujourd’hui quand on s’occupe des mains, il est courant de faire aussi les pieds à partir de mai, ce qui procure 20 à 30% de CA en plus. De même les vernis permanents ont fait leur apparition. Nous avons aussi étendu notre gamme, avec 90% des produits issus de notre marque, fabriqués en Europe, en France ou en Angleterre, pour répondre à une réglementation drastique », décrit l’associé. L’Onglerie achetait en effet des produits aux Etats-Unis, mais les fabricants n’ont pas voulu donner d’informations précises quant aux composants, arguant qu’il s’agissait de secrets de fabrications. « C’est une autre mentalité, ils possèdent de puissantes associations de consommateurs, entourées d’avocats, qui interviennent s’il y a un problème. En Europe c’est l’administration qui impose des normes serrées en amont », révèle celui qui se dit « peu dérangé par ces différences. Elles nous permettent de nous distinguer par rapport à ceux qui importent des produits lointains. Quand nous avons pignon sur rue, nous ne pouvons plaisanter avec des composants soupçonnés d’être dangereux et cancérigènes », ajoute le président de l’union des professionnels des métiers des cils de l’ongle et du maquillage (Upcom). L’Onglerie assume donc son côté professionnel et rassurant, étant le seul réseau organisé dans ce domaine – Beauty Success, qui a racheté Esthétic Center, le faisant en activité connexe.

Un avenir préparé

Le but affiché de parvenir à 150 magasins dans trois à cinq ans ne conduit pas à un développement à tout-va. « L’investissement peut s’élever de 50 à 120 000 euros tout compris – pas-de-porte, mobilier… Il nous faut faire une vraie sélection », affirme celui qui a aussi signé un contrat de master franchise au Maroc. Beaucoup de demandes émanent du Maghreb. « Nous distribuons en Tunisie, et espérons dans cinq ans couvrir huit villes au Maroc. Nous avons aussi une demande en projet en Suisse », précise le dirigeant qui caresse de grandes ambitions dans l’Hexagone : « il existe en France 420 villes de plus de 20 000 habitants, ce qui est un seuil pour nous. Le potentiel est donc élevé. Bien-sûr les configurations sont différentes, certaines communes privilégiant leur centre-ville, quand d’autres ont favorisé les périphéries. Des centres commerciaux nous font des demandes, ce qui nous convient bien parce qu’ils font généralement un effort sur le loyer ». De telles velléités sont prometteuses, et il est fort à parier que le CA, actuellement à 19 millions d’euros, atteigne vite les 25 millions visés.

Julien Tarby

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