La franchise en couple

La franchise, un parachute pour le couple qui entreprend ?
La franchise, un parachute pour le couple qui entreprend ?

Mariage de raison

L’amour durerait trois ans, le contrat de franchise sept en moyenne. Le moment de mettre en évidence les points de vigilance pour que l’union soit fructueuse…

En 2010, 44% des franchisés vivant en couple sont aidés par leur conjoint selon l’enquête annuelle de la Banque Populaire en partenariat avec la FFF. Le pourcentage grimpe à 46% en 2015, toujours selon les mêmes sources. Autrement dit, dans l’ombre d’un franchisé sur deux, officie sa moitié. « Créer en couple semble plus facile sur le papier, mais c’est vivre 24h/24h à deux. Le franchisé qui fait ce choix doit être sûr de la solidité de son couple », remarque Christophe Bellet, dirigeant de Gagner en Franchise et membre du collège des experts de la FFF. Pas une mince affaire…Les franchiseurs vont-ils jusqu’à s’immiscer dans la vie privée des couples ?

Des castings parfois plus poussés

Pour le casting de couple, le processus varie d’une enseigne à l’autre. «  Les entretiens permettent de comprendre en priorité s’il y a une sensibilité avec la mentalité du commerce, la relation client, la gestion des employés. Pour les candidats qui viennent en couple, il s’agit également de les alerter sur les contraintes et montrer tous les aspects de la franchise  notamment en matière de volume horaire et d’engagement  », explique Pascal Pelvey, directeur de l’enseigne Rapid’Flore. Chez certains franchiseurs, le mode opératoire peut rester le même. A chaque enseigne répond un type de profil bien particulier. « Pour le casting, certains concepts permettent d’aller dans un projet en couple, comme chez Rapid’Flore. Son fondateur voulait d’ailleurs développer ce côté familial. A contrario, chez Gamecash, le réseau recherche davantage des profils masculins plutôt jeunes. Et dans ce concept, le couple ne va pas s’identifier dans le produit lui-même. Il faut un match entre la philosophie du franchiseur et les aspirations du couple », note Fabienne Hervé, fondatrice et gérante de FH Conseil, agence spécialisée dans la communication des franchiseurs.

Et Stéphane Roy, responsable du service développement chez Point S, de modérer : « nous ne nous posons pas la question de la spécificité du projet en couple. Notre corps de métier comporte peu de femmes chefs d’entreprise ou de conjointes qui travaillent. Nous demeurons cependant ouverts à cette problématique. Ce n’est pas spécifiquement structuré en fonction de cette demande. Nous n’y sommes ni défavorables, ni ne prenons de précautions particulières. Ce sont avant tout des projets humains que l’on respecte. »

Certains franchiseurs vont faire passer des tests pointus pour évaluer la personne psychologiquement et observer si le profil du candidat épouse le moule de la franchise. D’autres tests seront réalisés pour jauger la capacité du candidat à manager 20 à 30 personnes et la capacité à manager et déléguer. « A l’échelle du couple, les franchiseurs peuvent donc poser des questions sur leur vision commune. Mais dans ces entretiens préalables, rien n’est rédhibitoire. Ce sont des points qui peuvent être corrigés par la suite si les futurs franchisés présentent d’autres qualités », pondère Fabienne Hervé.

Des franchiseurs qui jouent le jeu du couple

N’oublions pas que la mise en place d’un couple d’entrepreneurs comprend sur le plan humain la recherche d’un consensus qui concilie intimement les sphères privées et professionnelles. Cette raison explique d’ailleurs pourquoi les couples divorcent moins lorsqu’ils entreprennent à deux. La franchise en couple est à considérer bien plus pour le meilleur que pour le pire. Certains réseaux d’enseignes jouent le jeu du tandem entrepreneurial et font les yeux doux aux candidats venus à deux frapper à leur porte. En particulier dans les domaines de l’artisanat, de la restauration ou de la fleur coupée par exemple. Nombre de projets en couple présentent aussi un dossier prenant en compte chaque aspect de la franchise, en y incluant les répercussions sur leur vie privée. Un plus qui ne saurait déplaire à la tête de réseau. Toutefois, les contreparties existent. Et l’intimité dans ce qu’elle peut dévoiler à la sphère professionnelle, est passée aux cribles des exigences de certaines têtes de réseaux. «  Nous nous intéressons au cadre privé. Est-ce que le couple a des enfants en bas âge par exemple  ? Il importe d’intégrer la partie privée si l’on ne veut pas mettre en danger le franchisé. Parfois, il m’arrive même de gérer des conflits de couple au delà de mon rôle de franchiseur  », note avec bienveillance Pascal Pelvey de Rapid’Flore. Ce faisant, le franchiseur peut s’enquérir de la solidité de la relation. Pas question de donner les clefs d’une enseigne à une aventure sans lendemain. La tête de réseau posera la question de la durée de l’engagement de chacun. « Le contexte familial doit être abordé avec le franchiseur. L’un des premiers facteurs d’échec ? Ce sont les accidents de la vie, à l’image d’un déménagement dont les impacts sur la famille n’ont pas été anticipés, ou encore un possible désaccord du conjoint sur la participation dans le projet. Des interrogations à soulever avant de décider de créer ou reprendre. Il faut que l’ensemble de la famille -rappelons que le franchisé a 46 ans en moyenne,NDLR- soit partie prenante. Cela semble évident mais demeure l’une des premières sources d’échec », exprime Christine Molin, responsable du pôle franchise et commerce associé chez LCL. Il n’est donc pas rare que les franchiseurs organisent une rencontre à même le domicile du futur franchisé.

Flexibilité dans la formation et le recrutement

La rencontre peut donc faire partie du process de recrutement, en particulier dans des franchises qui nécessitent des investissements lourds ou de larges amplitudes horaires en matière d’heures de travail. « Chez Weldom, on pose la question du montage en couple ou non lors de la commission avant agrément. Mais c’est une question à laquelle je n’ai pas su répondre. Ma conjointe a décidé de se joindre au projet une fois seulement l’agrément accordé », témoigne Ludovic Osberger. Toutefois, l’instauration de ce dialogue autorise les candidats à questionner le franchiseur sur le succès des couples ou d’associés dans la réitération du savoir-faire sous sa bannière. « Il est ainsi plus prudent d’être sur une enseigne mature avec un process élaboré de recrutement qui anticipe mieux les facteurs d’échecs », souligne Christine Molin.

Cela dit, les réseaux sont souvent ravis d’impliquer l’ensemble des parties prenantes. Du premier entretien à la semaine d’ouverture… « Avec ma conjointe, nous avons tous deux assisté à une formation de six mois auprès d’autres franchisés. Selon le magasin, la formation nous était dispensée davantage sur la partie gestion ou encore sur la partie développement commercial. Mais nous n’avons pas payé de surplus parce que nous étions deux », relate Ludovic Osberger.

Complémentarité opérationnelle de fait ?

« La société est à mon nom tout comme l’emprunt bancaire. Ma femme y est salariée. Mais dans l’opérationnel, le réseau recherche des couples. C’est rassurant et plus pratique pour la complémentarité. Je suis à la vente, ma femme s’occupe de la gestion. Nous avions déjà travaillé ensemble pendant huit ans dans l’hôtellerie restauration », relate William Lebel, franchisé Aviva. La répartition des tâches, du volume horaire et leur évolution au gré du contrat sont primordiales. La complémentarité n’est toutefois pas seulement question d’aptitudes et de compétences, elle peut l’être aussi en matière d’amplitudes horaires. La flexibilité qu’induit l’association entre deux partenaires autorise une gestion plus aisée des emplois du temps, ce qui n’est pas sans déplaire à certaines enseignes dont le mode de fonctionnement induit des heures d’ouverture trop lourdes à supporter seul.

Comment limiter les risques ?

« Il faut distinguer la signature du contrat du statut de création de l’entreprise. Il est logique que la personne signataire du contrat (ou le président dans les autres structures juridiques) soit en position de majorité de la gérance en SARL », souligne Fabienne Hervé. Le couple a donc diverses options pour faire rentrer la collaboration de l’autre dans le cadre légal : le conjoint peut être considéré comme un collaborateur qui participe au fonctionnement de l’entreprise, mais ne perçoit aucun salaire. Il est possible de cumuler ce statut avec une activité salariée si celle-ci ne dépasse pas la durée annuelle légale du travail de 803,5 heures. Dans ce cas de figure, le (la) conjoint(e) collaborateur (-rice) est considéré(e) comme un travailleur non salarié (TNS) et relève du RSI. Deux choix plus connus demeurent : celui du conjoint salarié et celui du conjoint associé. «Dans les faits, la SARL couvre une très large majorité de franchisés car la forme, bien connue et peu coûteuse, correspond le mieux à la formule de 2-3 associés. On est rarement sur de plus grosses associations », note Me Laurence Vernay, avocat associée au cabinet SAJE. Et dans bien des cas, un pacte d’associés sera signé pour gérer les éventuels dérives ou imprévus : définition des rôles et compétences de chacun, règles en cas de séparation, etc. «On va souvent avoir le cas de figure qui présente un actionnaire majoritaire à 51% et un minoritaire qui bénéficie du statut salarié avec les avantages liés à la retraite, les arrêts et le chômage », constate Stéphanie Cinato di Fusco, responsable nationale marchés franchise & commerces associés chez In Extenso. Un chiffre qui épouse la tendance observable dans les petits commerces hors réseaux. Enfin, si mutualiser le risque sans complément de revenu peut effrayer, force est de reconnaître qu’entreprendre en couple peut aussi être un atout. Frédéric Mazérat, franchisé Rapid’Flore et associé avec sa compagne, témoigne  : « J’avais 24 ans lorsque nous avons convaincu les banques. Le fait de s’investir à 100% en couple pour faire évoluer notre premier point de vente a été très bien reçu par les banques. »

Geoffroy Framery

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